Quand le président Trump a déclaré que le Canada profite abusivement de 100 milliards de dollars de subventions par année de la part des États-Unis, il avait une idée claire en tête pour régler sa préoccupation : imposer des droits de douane sur tous les produits importés du Canada.

Ce que le président américain appelle des subventions sont mieux connues sous un autre terme : une balance commerciale négative. En l’occurrence, la différence de gros sous entre les biens exportés par les Américains et les biens importés n’est pas favorable aux États-Unis.

De fait, à l’échelle mondiale les exportations et les importations ont beaucoup augmenté depuis l’arrivée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce, ainsi que depuis les accords de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada signés en 1994.

Du côté des États-Unis, les importations ont augmenté depuis l’An 2000 à un taux annuel de 3,7 %, comparativement à un taux annuel de 3,2 % pour les exportations. L’écart se poursuit à ce jour, à cause de la récente forte croissance économique américaine.

Qu’est-ce qui explique cet écart défavorable aux États-Unis?

Une première réponse est à chercher dans le comportement du consomma- teur américain. La consommation américaine représente 69 % de la demande globale américaine, comparativement à 57 % du côté canadien.

Une deuxième réponse tient au phénomène de la mondialisation. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’industrie manufacturière américaine représentait au-delà de 40 % du secteur manufacturier mondial. Aujourd’hui, sa part se situe autour de 15 %. Explication : au début des années 2000, les industries américaines, à la recherche de plus gros profits, ont massivement délocalisé leur production vers le Mexique et les pays d’Asie, dont les coûts de production sont bien plus bas.

Le président Trump a bien raison de se préoccuper de l’énorme déficit de la balance commerciale américaine. Mais s’en prendre à ses meilleurs petits partenaires n’est certainement pas une bonne solution. Pour une simple et bonne raison : l’industrie manufacturière n’est plus américaine. Elle est dorénavant nord-américaine, à cause des multiples va-et-vient frontaliers des pièces nécessaires à la fabrication, par exemple d’une automobile.

Et puis imposer une hausse des droits de douanes pour atténuer l’immigration illégale et l’arrivée du fentanyl en provenance du Canada sur le marché américain relève d’un calcul à courte vue.

Car le problème du fentanyl est relié à demande excessive de drogue illégale à l’intérieur des États-Unis. Et l’arrivée des immigrants illégaux est due au besoin de main-d’œuvre dans l’agriculture, la construction et les industries de services.

Les autres objectifs affichés par Donald Trump, comme l’achat du Groenland, le contrôle du canal de Panama, voire la transformation du Canada en 51e État, sont aussi particulièrement révélateurs. Ils trahissent en effet à quel point les investissements américains relancés par l’administration Biden exigent un accès sécuritaire à des ressources naturelles, en particulier les métaux rares, que le Groenland et le Canada possèdent.

Maintenir la puissance de l’Empire américain est une préoccupation de tous les jours, surtout quand on a promis MAGA : Make America Great Again.