Par Anne-Marie PROVOST.
Les habitants se disent épuisés et exaspérés d’être de nouveau suspendus aux annonces du président américain Donald Trump.
Le matin, John Perz aime venir, avec un café, au bord de la rivière qui sépare les deux pays et devant laquelle flotte les drapeaux canadiens et américains. Mais cette frontière est aujourd’hui un dur rappel des tensions grandissantes entre ces voisins.
Donald Trump est en train de détruire la relation entre deux pays “amis” en imposant des tarifs douaniers “nocifs”, qui “font peur aux gens”.
Le président américain doit annoncer, pour ce qu’il a appelé “la journée de la libération”, de nouveaux droits de douane mondiaux censés inaugurer un “âge d’or” en Amérique mais qui pourraient faire vaciller l’économie mondiale et très fortement celle de ses voisins.
“Dire que c’est la journée de la libération est une affirmation complètement folle”, pour John Perz. L’homme de 63 ans, qui a travaillé toute sa vie dans le secteur manufacturier, souhaite que le Canada “réplique”.
Une position partagée par Ron Zerh, 59 ans, qui pêche des truites et du saumon un peu plus loin. “Je suis heureux de voir les Canadiens s’unir et devenir une nation un peu plus forte”, dit celui qui travaille dans l’industrie du gaz et du pétrole.
Ce dernier dit ne pas comprendre les motivations de Donald Trump. “Nous leur vendons de l’énergie bon marché”, lance l’homme équipé de bottes en caoutchouc, les deux pieds dans l’eau. “J’ai dit avant les élections que s’il gagnait, il se vengerait. Et jusqu’à présent, il semble que j’ai raison”.
– Incertitude –
L’industrie pétrochimique est au cœur de l’économie de la région de Sarnia dans la province de l’Ontario, qui abrite plusieurs raffineries et qui est traversée par des oléoducs et des gazoducs qui passent par les Etats-Unis. La région comprend aussi des dizaines d’usines chimiques.
“Les deux derniers mois ont été associés à l’incertitude, et incertitude continue d’être le mot du jour”, lance à l’AFP Matthew Slotwinski, dirigeant du Sarnia-Lambton Economic Partnership, qui représente les industries de la région.
Tous les secteurs d’activité sont en état d’alerte, explique-t-il.
Dans un café du centre-ville, les droits de douane et les élections législatives canadiennes sont également sur toutes les lèvres. Tout le monde s’interroge sur l’impact pour le Canada car Donald Trump a semblé avoir des propos moins durs récemment concernant son voisin du nord.
Le chef d’Etat de la première puissance économique mondiale doit détailler ses nouvelles taxes à 16H00 heure locale à la Maison Blanche. Plusieurs options circulent dans la presse. Les Etats-Unis imposeront-ils une taxe unique de 20% sur toutes les importations? Ou des droits de douane variables selon les pays de provenance des marchandises?
L’impact pourrait être phénoménal.
“Personne ne parlait de droits de douane auparavant”, lâche Jordan Denomme, 39 ans. “Et maintenant, ils affectent tout le monde de manière négative et, honnêtement, ils remettent en question notre économie à long terme”.
Une occasion pour le pays de diversifier son économie, estime-t-il, en allant chercher de nouveaux partenaires commerciaux et en renforçant son économie locale, car “les Etats-Unis ne sont plus des alliés”.
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