Chez l’adulte aussi, le TDAH peut affecter tous les aspects de la vie, mais il n’est jamais trop tard pour se faire aider.

Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est l’un des troubles les plus répandus, notamment chez les jeunes.

L’on estime qu’environ 4 à 7 % de la population canadienne est concernée par ce trouble neurodéveloppemental, soit près de 2 millions de personnes.

Les consciences ont évolué

Dans la grande majorité des cas, le TDAH est diagnostiqué chez l’enfant, parce que l’on va identifier des difficultés à l’école, par exemple. Seulement, certains passent entre les mailles du filet et deviennent adultes. L’on estime d’ailleurs qu’environ 50 % des adultes canadiens atteints de TDAH l’ignorent.

« Cela fait peu de temps que l’on s’intéresse au TDAH chez l’adulte », lance Manon Talbot, psychologue associée. Ces dernières années, les consciences ont évolué, les symptômes sont mieux compris et plus facilement identifiés chez les adultes, mais surtout, la population est plus encline à aller chercher un diagnostic.

Il faut retenir que le TDAH se manifeste différemment, entre l’adulte, l’enfant et l’adolescent, mais aussi d’un individu à un autre. Manon Talbot explique donc, pour faire simple, que les enfants vivant avec un TDAH sont plus susceptibles de montrer de l’hyperactivité, de l’impulsivité à l’adolescence alors qu’à l’âge adulte on distinguera plutôt des difficultés d’attention.

« Le TDAH a des répercussions dans l’ensemble des activités de la vie courante, commence Manon Talbot. À la maison, au travail, dans la vie sociale. Ces personnes vont souvent égarer des choses, ce sont des personnes qui peuvent avoir tendance à finir les phrases des autres, à couper la parole. Elles vont avoir des difficultés à rester concentrées, une tendance à la procrastination, des difficultés à gérer leur temps. »

Et si l’on a des difficultés à mettre le doigt sur ce trouble passé un certain âge, c’est en partie dû au fait que l’individu a appris, avec le temps à s’adapter.

« Chez l’adulte, on voit des personnes qui sont fonctionnelles, qui ont mis en place des moyens compensatoires. Ils s’ajustent. »

Pour autant, ils peuvent être confrontés à un point de rupture.

« Il peut y avoir une surcharge à un moment donné », fait valoir la psychologue associée. « Ils ne sont plus capables de concilier leurs responsabilités, qu’elles soient parentales ou liées à leur travail, avec leur trouble. C’est généralement comme ça que l’on se rend compte que le TDAH existe chez cet adulte. »

Et le processus est similaire chez les étudiants par exemple, dont le parcours scolaire est parfois exemplaire jusqu’à ce que les responsabilités augmentent, à l’université par exemple.

Que faire?

La première étape bien sûr est de se faire diagnostiquer auprès d’un médecin, d’un psychologue ou d’un neuropsychologue. D’abord parce qu’il peut apporter un soulagement à la personne. Vivre avec un TDAH, c’est se sentir « bizarre ou différent », et se remettre en question aussi. « Pourquoi est-ce que moi, je n’y arrive pas », de pouvoir enfin mettre le doigt sur une problématique, peut s’avérer particulièrement rassurant et permettre enfin de se pencher vers une solution.

À propos de solutions, on parlera en fait de traitement. Celui-ci peut prendre plusieurs formes.
« Chez l’adulte, on essaye de travailler sur les habitudes de vie. On va regarder l’alimentation, le sommeil, les activités et voir si l’on peut faire des aménagements dans l’horaire et mettre en place des moyens compensatoires. »

Mais si les symptômes persistent et continuent d’impacter l’ensemble des sphères d’activités de la personne, l’on peut alors se tourner vers la médication. Sur ce point, Manon Talbot insiste, « il faut s’assurer d’avoir le bon diagnostic ».

En effet, les symptômes du TDAH ne sont pas uniques au TDAH. Les troubles anxieux, les troubles du sommeil aussi peuvent être à l’origine de symptômes similaires. Et une erreur de diagnostic peut avoir des conséquences.

« Il peut exister une comorbidité si l’on confond TDAH et trouble anxieux par exemple. Si l’on ne travaille pas avec la personne dans sa globalité et que l’on se contente d’introduire une médication, l’on peut aggraver le trouble anxieux. » 

Il est donc nécessaire d’avoir un suivi sur le long terme, avant de conclure quoi que ce soit. De plus, la psychologue associée met en garde contre l’autodiagnostic.

« Il faut identifier un certain nombre d’éléments qui révèlent un fonctionnement perturbé avant de pouvoir parler de TDAH », elle rappelle par exemple qu’il est impossible de maintenir une attention soutenue pendant de longues périodes, « vagabonder dans ses pensées » est parfaitement normal.
« Il faut savoir si la perturbation se répercute ailleurs, que ce soit quelque chose de présent dans tous les aspects de la vie d’un individu et que ce soit quelque chose qui est présent depuis longtemps. »

Dans le monde du travail

Julie Bélanger-Belley, professionnelle experte en ressources humaines, rappelle que la Loi sur l’accessibilité pour les Manitobains existe depuis 2013.

La Loi veille à ce que les obstacles potentiels au travail pour les personnes vivant avec un trouble, ou un handicap soient encadrés et éliminés.

Il convient de noter au passage qu’un employeur n’a pas le droit de demander directement à l’un de ses employés s’il est issu de la neurodiversité.

Toutefois, « la composante de cette loi au Manitoba dit que si un employé se sent à l’aise de déclarer qu’il vit avec un trouble, permanent ou temporaire, visible, invisible, physique ou psychologique, il a le droit de le faire savoir et de demander des accommodements ».

En ce sens-là, il relève donc du devoir de l’employeur que de créer un environnement de travail sécuritaire.

« Il (l’employeur) peut faire de la sensibilisation et créer une rigueur organisationnelle pour inviter les gens à se déclarer lorsqu’ils en ont besoin. »

Faire disparaître les préjugés

En bref, il s’agit de faire disparaître les préjugés.

Car les accommodements ne sont pas automatiquement dispendieux ou compliqués à mettre en place. « Souvent, il va s’agir de flexibilité horaire, de créer des espaces de travail plus calmes, offrir plus de pauses, où simplement offrir un suivi plus fréquent. »

Julie Bélanger-Belley fait aussi valoir que les employés issus de la neurodiversité peuvent apporter beaucoup à une entreprise. « Parce qu’ils pensent différemment, ils peuvent apporter beaucoup au niveau de l’innovation, de la créativité et de la résolution de problèmes. »

Un point que corrobore Manon Talbot, « ce sont des personnes qui ont des capacités et des forces différentes ».

Si elle estime que beaucoup de progrès ont été faits au Manitoba en matière d’accessibilité, il reste encore du travail à faire, notamment dans les pratiques de recrutement. « Les processus d’entrevue doivent être plus adaptés, plus inclusifs. » Elle souligne que les personnes vivant avec un trouble neurodéveloppemental sont encore trop sous-employées alors qu’ils « pourraient aider à pallier la pénurie de main-d’œuvre ».

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